Les Jeunes agriculteurs jurassiens montent au créneau alors que le prix du lait va chuter à 50 centimes par litre dès le 1er février. La Suisse fait face à une surproduction. Témoignage de la famille Fleury à Courcelon.
La « survie des familles paysannes » est en jeu et « l’avenir de la production laitière est menacé » : c’est le cri d’alarme lancé par les Jeunes agriculteurs jurassiens (JAJ). L’association a écrit ce jeudi à la grande distribution pour demander de « rémunérer équitablement » les producteurs de lait. Le prix du litre versé aux producteurs va en effet chuter à 50 centimes dès le 1er février en raison d’une surproduction et d’un marché suisse saturé. L’automne dernier, le litre était encore payé 62 centimes. Selon Benjamin Fleury, agriculteur à Courcelon et membre du comité des JAJ, « 50 centimes, ça permet de couvrir les frais mais sans calculer son revenu horaire. Tout ce qui dépasse le quota mensuel sera payé à 20 centimes le litre, c’est-à-dire une production à perte ». Une situation devenue « insoutenable », selon les jeunes agriculteurs. « Pour moi, la production laitière, c’est ancré dans le sang de génération en génération. Mais les perspectives d’avenir font souci. Continuer de traire à perte, ce n’est pas motivant », regrette le jeune homme de 24 ans et représentant de la quatrième génération sur l’exploitation qui compte plus de 70 vaches et se consacre exclusivement à la production laitière. Pour expliquer l’actuelle surproduction, il faut regarder dans le rétroviseur : « Après la langue bleue et des fourrages de mauvaise qualité en 2024, un bon fourrage et la bonne santé des vaches l’an dernier ont boosté la production », explique Benjamin Fleury.
Témoignage de la famille Fleury : « Comment c’est possible qu’on baisse le lait au producteur jusqu’à 50 centimes et qu’on retrouve du lait vendu presque 2 francs dans la grande distribution ? »
Mooh demande de freiner la production
La coopérative Mooh qui achète le lait des producteurs jurassiens demande de réduire les volumes de lait pour éviter « une nouvelle chute des prix », « d’alléger les stocks de beurre au moyen d’exportations de matière grasse » et de « reconquérir des débouchés qui sont aujourd’hui approvisionnés avec des produits laitiers étrangers ». Pour tenter de freiner la production, la famille Fleury « donne plus de lait aux veaux et essaie de vendre des vaches en pleine production ». L’organisation de producteurs explique la baisse du prix du lait pour une « chute au niveau international, des volumes de lait très élevés et un manque de capacités de transformation ». En tant qu’organisation de producteurs indépendante, Mooh se dit « particulièrement exposée aux fluctuations du marché » et veut « renforcer son indépendance afin de ne plus être exposée de manière aussi disproportionnée lors de futures situations de surproduction ». Benjamin Fleury estime qu’un prix de 75 centimes par litre serait correct. Dans les années 1990, le prix dépassait 1 franc par litre, se souvient son papa Claude Fleury. Dans la région, le Marché Saint-Germain à Porrentruy reversera l’intégralité du prix de vente payé par les clients aux producteurs, soit 1,50 francs le litre de lait, dès le 1er février. /mmi









