Jugés en appel pour l’assassinat d’un homme, deux amants ont été reconnus une nouvelle fois coupables des faits qui leur sont imputés. Le juge pénal a toutefois estimé qu’ils ne devaient pas être renvoyés dans leur pays d’origine, pour des questions de sécurité
L’appel de deux amants a été rejeté vendredi soir à la Cour pénale d’appel à Porrentruy. L’homme et la femme avaient été reconnus coupables en première instance de délit manqué de meurtre, d’assassinat et d’incendie et condamnés à 18 ans de prison. Le Ministère public avait requis jeudi la même peine en deuxième instance... une peine suivie par le juge Pascal Chappuis. Il a toutefois estimé que les appelants ne devaient pas être expulsés de Suisse : originaires d'Afghanistan, ils ne peuvent, pour des raisons évidentes de sécurité, être renvoyés dans leur pays d'origine.
Des messages accablants
Pour le juge, le couple a fait preuve d’une absence totale de scrupules lors de l’assassinat du mari de l’appelante. C’était en 2018, l’homme avait été blessé à la tête avant d’être aspergé d’essence et brulé dans sa cuisine. Une mort préméditée, selon la Cour, qui est arrivée à ce raisonnement grâce aux messages WhatsApp échangés entre les deux appelants.
Ils ont d’abord voulu empoisonner le mari et des échanges à propos de substances à administrer au mari ont été retrouvés… La femme écrivait à son amant ne pas vouloir savoir quand il passerait à l’acte, pour éviter de se sentir « fautive ». D’autres messages sont encore plus « éloquents » selon le juge, et même si leur traduction a été contestée par l’appelante, ils sont tout à fait fiables, d'après Pascal Chappuis. « On peut chipoter sur un mot ou un autre mais ça ne change pas le sens » a argumenté Pascal Chappuis… avant d’ajouter que l’appelant, lui, n’a jamais contesté le moindre message.
Absence de scrupules
Le juge en est sûr : la version de l'homme est pleine de « bobards » pour sauver l'appelante et lui permettre de retrouver ses enfants. Le suspect l'a même admis lors du procès en appel et a reconnu tout ou partie des faits. A cela s'ajoutent toujours les messages WhatsApp... ainsi, quand la femme écrit à son amant : « Je veux que tu aies le courage de le tuer », le juge est certain de sa culpabilité. Il met en avant une personnalité manipulatrice, agressive et directive si son amant s’éloigne de leur projet commun… La Cour a encore souligné l’absence de scrupules des deux appelants : rappelons que la victime a été tuée alors que deux de ses jeunes enfants étaient présents dans l’appartement.
« Ils se sont persuadés que la vie de cet homme ne valait rien »
« Dans cette affaire, personne ne pense aux enfants. Personne ne se dit qu’ils seront privés de leur père, qu’ils iront en famille d’accueil. On se disait simplement qu’un jour on dormirait ensemble… mais jamais on a pensé au tort fait à ces enfants », déclare Pascal Chappuis... qui a aussi admis un mobile particulièrement cynique. « Ils avaient planifié le sacrifice du père de famille. Et même s’il était toxicomane, même si la femme ne voulait pas divorcer, elle aurait pu faire autrement. Ils se sont persuadés que la vie de cet homme ne valait rien. » Autant d'éléments à charge contre les appelants et qui qualifient l'assassinat. Sont encore retenus le délit manqué de meurtre et l'incendie, ce qui porte la peine à 18 ans de prison. Des peines pécuniaires ont aussi été prononcés à l'encontre des deux amants, notamment pour le tort causé aux enfants. /cto









