Certains cochons ajoulots de la St-Martin vivront leurs dernières heures dans la Vallée. Quelques heures avant le début de la fête de la cochonnaille, on s’en va à la rencontre d’un boucher qui a décidé d’arrêter l’abattage. Daniel Fleury à Courtemaîche va fermer son abattoir à la fin de l’année. Louis Quiquerez à Grandfontaine a pris la même décision et cessera cette activité progressivement. Il restera encore six structures dans le district de Porrentruy. Les investissements à consentir pour respecter les différentes normes étaient trop importants pour une faible rentabilité. Le boucher de Courtemaîche mènera ses bêtes à Courrendlin, dans les Abattoirs de la Vallée, puis ramènera les carcasses en Ajoie pour être préparées.
Le dossier de notre correspondante en Ajoie
Trop cher et pas assez rentable
Cette décision n’a pas été prise de gaieté de cœur par Daniel Fleury, qui devait remettre aux normes ses locaux. « Notre première intention n’était pas d’arrêter ce secteur d’activités. On s’est vite rendu compte qu’on était entre 600'000 et 700'000 francs pour des locaux et du matériel utilisés une fois par semaine », souligne-t-il. En un matin, le boucher de Courtemaîche s’occupe en moyenne d’une dizaine de cochons et de deux taureaux. Un tiers de ses bêtes proviennent de privés, surtout des paysans, qui récupèrent ensuite la viande pour leur propre consommation. Selon Daniel Fleury, il n’a pas eu le choix que d'arrêter ce secteur de son entreprise : « On est obligé de faire ces investissements en sachant pertinemment que ça ne sera pas rentable. C’est une manière diplomatique de nous faire fermer ». Le vétérinaire cantonal, Flavien Beuchat, précise que la législation sur l’abattage et le contrôle des viandes date des années 90 et n’a pas évolué. Mais l’augmentation du volume occasionne une inadéquation avec, par exemple, les capacités frigorifiques.
Un aller-retour dans la Vallée
A Courrendlin, avec les Abattoirs de la Vallée, le boucher de Courtemaîche a trouvé un partenaire capable d’absorber le travail supplémentaire. En Ajoie, aucune solution ne s’est concrétisée. Daniel Fleury souhaitait « trouver une solution au niveau de l’Ajoie ». Il appelle de ses vœux la création d’un abattoir commun pour l’ensemble du district de Porrentruy. Mais dans les autres boucheries qui maintiennent cette activité, comme chez Yannick Vallat à Bure, le statu quo convient. La question pourrait se poser si des investissements importants devaient être envisagés.
L’abattage : une activité de moins en moins proche
Dernièrement dans la presse alémanique, la Berner Zeitung indiquait qu’un tiers des abattoirs avait disparu en Suisse au cours des 20 dernières années. Il en reste 600. Dès janvier dans le Jura, seize structures continueront d’œuvrer dans les trois districts. Une proximité que Daniel Fleury souhaite voir perdurer : « Tout le monde veut de la proximité, j’ose espérer qu’un jour on ait la proximité jusqu’au bout et qu’on maintienne ce qu’on peut maintenir chez nous ! ». /ncp









