Fuite de médecins à Moutier : le Réseau de l’Arc répond

Le départ de cinq généralistes du Médicentre à Moutier alimente les polémiques depuis plusieurs ...
Fuite de médecins à Moutier : le Réseau de l’Arc répond

Le départ de cinq généralistes du Médicentre à Moutier alimente les polémiques depuis plusieurs semaines. Confronté à de nombreuses questions voire accusations concernant son nouveau modèle de santé, le Réseau de l’Arc s’exprime

Le Médicentre à Moutier connaît une fuite de généralistes. Tout en comprenant les éléments qui ont pu pousser certains praticiens à vouloir changer d'horizon, le Réseau de l'Arc rappelle que les autres Médicentres de la région ne connaissent pas pareil exode. (Photo : archives). Le Médicentre à Moutier connaît une fuite de généralistes. Tout en comprenant les éléments qui ont pu pousser certains praticiens à vouloir changer d'horizon, le Réseau de l'Arc rappelle que les autres Médicentres de la région ne connaissent pas pareil exode. (Photo : archives).

Cinq médecins qui changent d’horizon dans des délais rapprochés : l’automne est mouvementé du côté du Médicentre à Moutier. Une situation de crise qui alerte la population, mais pas seulement. Des patients, certains praticiens et même des représentants politiques cherchent à comprendre les raisons de ces départs dans un contexte de tension. Actionnaire principal du Médicentre, le Réseau de l’Arc est au cœur de la cible. Une récente interpellation déposée par Francis Pellaton (Moutier à Venir) au Conseil de ville ainsi qu’une lettre citoyenne adressée à la Direction de la santé, des affaires sociales et de l’intégration du canton de Berne relaient un certain nombre de craintes, en particulier des soupçons d’utilisation de certaines données des patients du réseau à des fins publicitaires, de prétendues pressions sur des praticiens indépendants, et surtout l’omerta qui entoure cette fuite de généralistes.

Changements culturels

Directeur général du Réseau de l’Arc, Alexandre Omont entend les interrogations du public, lesquelles interviennent à un moment charnière. Le projet de soins intégrés du Réseau de l’arc, qui vise à réunir une importante partie des acteurs régionaux de la santé dans une seule et même organisation, est sur les rails depuis peu. Etroitement lié au tout, la nouvelle assurance-maladie Viva, lancée en collaboration avec Visana, entrera en force dès 2024 avec pour mission de concentrer les soins dans le Réseau. Un système pionnier qui vise à maintenir la qualité de la prise en charge en insistant notamment sur la prévention, avec pour but ultime la réduction des coûts de la santé. Qui dit nouveau projet d’envergure dit aussi changements culturels profonds. Si certains départs du Médicentre de Moutier relèvent en partie de motifs personnels, Alexandre Omont reconnaît que les nombreux chamboulements traversés par l’institution ont pu ne pas convenir à certains médecins, pour qui les règles du jeu changeront avec le lancement de Viva.

Alexandre Omont : « Le monde de la santé travaille trop souvent en silo »

Les craintes se concentrent notamment sur la perte de leur indépendance et de leur liberté, par exemple dans la redirection des patients vers des spécialistes hors Réseau. Alexandre Omont tempère : la liberté est selon lui toujours garantie du moment que la santé du patient est placée au cœur des intentions. « On propose en effet prioritairement aux patients d’être redirigés vers le Réseau, mais une personne qui consulte de longue date chez un indépendant n’a aucune raison de changer si cela fait sens dans son suivi », assure-t-il.

« Tout le projet vise à améliorer la qualité des soins »

Concurrence déloyale ?

Certains indépendants s’inquiètent pourtant de perdre une partie de leur patientèle. Des témoignages recueillis par Le Journal du Jura font état d’un recul déjà palpable, alors que Viva n’entrera en force qu’au mois de janvier. Ces indépendants seraient boudés par les patients redirigés par le Médicentre. Un physiothérapeute de la Vallée de Tavannes craint la mise en place d’un véritable monopole, d’une concurrence déloyale. Plusieurs cabinets de physiothérapeutes du Jura bernois se seraient par ailleurs plaints auprès de leur faîtière. Une information qu’a confirmé Physioswiss au JdJ, tout en ne souhaitant pas s’exprimer davantage sur la question tant que celle-ci n’aura pas été pleinement analysée.

Le thérapeute s’exprimant sous le couvert de l’anonymat aurait aussi eu vent de propositions de rachat de cabinets privés par le Réseau de l’Arc, lequel aurait exercé des pressions en cas de refus. Le directeur général de l’institution conteste avec fermeté ces rumeurs « totalement fausses ». Quant à la concurrence, elle a toujours existé selon Alexandre Omont. « C’est le système de santé actuel qui le veut. Mais avec notre projet de réseau, nous voulons justement travailler ensemble. Notre système n’est pas fermé, bien au contraire. Des collaborations sont possibles, ce que l’on fait déjà avec d’autres hôpitaux par exemple. »

Le Réseau de l’Arc se garde aussi d’avoir outrepassé la loi en termes de démarchage, reproche formulé par plusieurs citoyens suite à l’envoi d’un courrier aux patients du Médicentre. Utilisation de données médicales à des fins publicitaires ? Rien de cela, conteste Alexandre Omont. « Il s’agit d’une simple information sur un projet innovant, révolutionnaire. Beaucoup de nos patients nous demandent des explications. Par cette lettre, les intéressés ont été invités à nous contacter par téléphone, sans aucune obligation. »

« Nous invitons tous les médecins qui ont des craintes à nous contacter »

Un « projet apprenant »

Alexandre Omont insiste : le projet de système de soins intégrés est un projet apprenant, avec ses défauts de jeunesse. « C’est le début d’une démarche qui va s’étendre sur plusieurs années. Forcément, de gros changements ont eu lieu ces derniers temps, qui requièrent des adaptations au fil des discussions. » Il le concède, des efforts de communication, à l’interne et à l’externe, doivent encore être fournis. La direction du Réseau de l’Arc se dit consciente des critiques portées à l’égard de son nouveau modèle, plus généralement de tous les changements opérés ces derniers mois au sein de l’institution. Tout en regrettant les polémiques, elle promet de prendre ces remarques et détractions en considération, comme suite aux récents malaises dévoilés au sein du Pôle Santé Mentale à Moutier. « Une discussion a eu lieu avec les équipes pour les aider à retrouver des repères. Des projets sont lancés. L’ouverture de la direction est là, cela est aussi valable pour d’autres sites et services, à St-Imier par exemple, aussi à l’EMS Beausite à Moutier qui a également connu de nombreux changements », conclut Alexandre Omont, soulagé d’avoir pu crever ces abcès.

« Il y a eu une perte totale de repères pour ces collaborateurs »

La direction recevra par ailleurs ce lundi les deux cosignataires de la lettre citoyenne envoyée au canton dans le but de comprendre les critiques et, si possible, de rassurer les auteurs. Enfin, le Réseau de l’Arc assure que les départs annoncés de plusieurs généralistes du Médicentre à Moutier sont en passe d'être compensés. /oza


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