Vendre des bêtes pour éviter de puiser dans les réserves

C’est la solution préconisée par plusieurs agriculteurs qui ont amené des animaux au marché ...
Vendre des bêtes pour éviter de puiser dans les réserves

C’est la solution préconisée par plusieurs agriculteurs qui ont amené des animaux au marché au bétail de Glovelier ce mardi matin.

De nombreuses bêtes ont été mises à la vente ce mardi matin. De nombreuses bêtes ont été mises à la vente ce mardi matin.

C’était l’effervescence mardi matin à Glovelier. Le marché au bétail a attiré de nombreux agriculteurs et plusieurs marchands. Pas moins de 175 bêtes, dont une centaine de vaches, ont été vendues en l’espace de quelques heures, ce qui représente une hausse de 30 à 40%. Cette tendance s’explique par un manque de fourrage. Face à la sécheresse, de nombreux troupeaux ont été ramenés dans les étables et mangent d’ores et déjà les stocks d’hiver. Plusieurs paysans ont ainsi décidé de se séparer de bovins pour économiser leurs réserves.

Reportage

Des pâturages grillés

Le constat est le même à travers tout le Jura : tout est grillé. Le manque d’eau et les températures caniculaires ont empêché l’herbe de pousser et les éleveurs se voient contraints de réduire leur cheptel. « On est obligé de s’en séparer à contre-cœur » : Rosemarie Kohler de la Petite Schönenberg aurait préféré conserver ses deux vaches qui produisaient encore, au lieu de les vendre pour l’abattoir. Eric Petermann de Rossemaison est arrivé à la même conclusion et s’est séparé d’une bête. Le producteur laitier appelle ses confrères « à ne pas céder à la panique ».


Un prix d’achat encore attractif

Avec l’afflux massif de bovins, le risque est de voir le prix chuter. A Glovelier, les mises se sont avérées plus élevées que le prix de taxation. Alicia Girardin de Cornol est venue à ce marché au bétail avec trois vaches laitières. L’agricultrice imaginait les garder encore quelques semaines à l’étable pour les engraisser. A cause du manque de fourrage et de la baisse des prix sur le marché de la viande, elle s’est résolue à les présenter ce mardi.


Une situation qui devient difficile

Nicolas Pape, président d’AgriJura, était présent à Glovelier. Il a constaté que certaines vaches étaient encore en pleine production laitière. Les voir sur un marché d’élimination est signe d’une situation particulièrement tendue dans leurs exploitations. « Si elles sont là juste pour pouvoir dégraisser le troupeau, ce n’est pas normal », réagit l’agriculteur de Pleigne : « Si on a derrière ces vaches, des agriculteurs qui s’en séparent prématurément, ça fait mal au cœur ». Cette situation complexe inquiète aussi le président des Jeunes agriculteurs jurassiens. Quentin Girardin relève le cas d’un ami qui a repris dernièrement une exploitation et qui enchaîne les crises. En 2024, le fourrage était de mauvaise qualité et donc la quantité de lait était faible. L’année suivante, c’est le prix du lait qui a chuté et, cette année, l’achat nécessaire de fourrage risque bien d’entamer les liquidités financières. « Ça ne donne pas forcément une vision très optimiste pour l’avenir », souligne le jeune homme.


Des pistes politiques pour venir en aide

Le ministre jurassien de l’économie avait fait le déplacement pour rencontrer ces éleveurs. Stéphane Theurillat entrevoit deux pistes pour aider le monde agricole. Les autorités jurassiennes recherchent des moyens financiers pour permettre aux agriculteurs de contracter des prêts sans intérêt afin d’acheter du fourrage. A long terme, il s’agit de mener des discussions avec l’Office fédéral de l’agriculture par rapport à la prochaine Politique agricole. François Monin, directeur d’AgriJura, espère un retour « au bon sens ». Il évoque par exemple des dates de fauches qui ne correspondent pas à la réalité indue par le réchauffement climatique. /ncp


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