Commentaire : Quand des masques tombent à la manif anti-pass

Environ mille personnes ont protesté lundi à Delémont contre les mesures liées au coronavirus ...
Commentaire : Quand des masques tombent à la manif anti-pass

Environ mille personnes ont protesté lundi à Delémont contre les mesures liées au coronavirus, dont l’extension du certificat Covid. Certains débordements constatés lors de la manifestation ont suscité un commentaire de la part de François Comte

Une affiche, ici à gauche de l'image, qualifie les journalistes de « falsificateurs »
et de « Putes du système » lors de la manifestation contre l'extension du certificat Covid lundi à Delémont. Une affiche, ici à gauche de l'image, qualifie les journalistes de « falsificateurs » et de « Putes du système » lors de la manifestation contre l'extension du certificat Covid lundi à Delémont.

La manifestation contre l'extension du certificat Covid qui s'est déroulée lundi à Delémont a été marquée par certains débordements. Le commentaire du journaliste de RFJ François Comte :

« Un Homme, ça s’empêche », disait Albert Camus. Et force est de constater que cette phrase représente l’exact contraire de ce qui s’est passé ce lundi à Delémont. La manifestation spontanée – qui n’avait d’ailleurs de spontanée que le nom – a donné lieu à deux types de graves dérapages qui s’assimilent davantage à des sorties de route.

Première catégorie, celle des comparaisons outrancières et outrageuses avec la persécution des Juifs et avec l’apartheid. Ces assimilations scandaleuses ont été proférées au micro de RFJ, sans gêne aucune, sans vergogne et de manière totalement assumée. « Tout ce qui est excessif est insignifiant », selon Talleyrand mais vous reconnaitrez avec moi que l’insignifiance a atteint des strates quasi inexplorées lundi à Delémont…

Des journalistes insultés

La seconde catégorie de débordements concerne les journalistes. Plusieurs confrères ont été la cible d’injures, elles aussi relayées à notre micro, et une pancarte qualifiait même les journalistes de « falsificateurs » et de, je cite : « Putes du système ». Non, vous ne rêvez pas, c’était chez nous, ce lundi à Delémont, et pas aux Etats-Unis sous Donald Trump. Pas de quoi fouetter un chat, me diront certains. Je me permettrais de leur rappeler humblement que la liberté des médias est garantie dans la Constitution et que de telles injures – y compris sur Facebook, je le précise pour ceux qui peinent à maîtriser leurs pulsions – constituent non seulement un délit mais aussi une atteinte à la liberté de la presse. Pour des gens qui n’avaient que le mot « liberté » à la bouche, vous avouerez que c’est un brin contradictoire…

Mais qu’on ne me méprenne pas. Bien sûr que des manifestants respectueux faisaient aussi partie du nombre et ne cautionnaient pas de tels agissements. Pourtant, ce que j’ai vu, ce lundi à Delémont, c’est une foule chauffée à blanc depuis des mois via les réseaux sociaux qui applaudissait en majorité et même qui acclamait les éructations au mégaphone d’un individu avant de le suivre tels des moutons de Panurge, des vrais ceux-là.

Ne jouons pas sur les mots, il s’agit d’une forme d’acquiescement, même passif. Pour démontrer le contraire, il suffisait de reculer de quelques mètres, voire de quitter la manifestation. Quelques-uns l’ont fait mais si peu par rapport à la masse qui, elle, était prête à avaler n’importe quoi, ce qu’elle ne s’est, d’ailleurs, pas privée de faire… Je le dis ainsi sans ambages : oui, face à ce que j’ai vu et entendu, j’ai eu honte, honte pour cette foule…

Il est temps d’arrêter d’être naïfs et d’admettre que les manifestants n’étaient pas tous de gentils citoyens déboussolés par les événements liés à la pandémie. Il est temps que chacun assume ses actes ainsi que sa responsabilité individuelle et collective, avant que tout cela finisse mal…


Responsabilité individuelle : un appel à « prendre d’assaut le Palais fédéral » sur Facebook

Une illustration dénichée mardi soir sur Facebook - soit au lendemain de la manifestation de Delémont - et qui a été visible, oh juste deux minutes, le temps que l’exalté qui en est l’auteur et qui avait appelé à manifester se rende peut-être compte de son erreur et modifie son texte pour qu’il soit plus présentable.

Voici donc le texte en ma possession qui a été publié sur la page Facebook d’un Jurassien dont le compte relaie allègrement des messages trompeurs sur le coronavirus et les vaccins, entre autres. Un compte public sur lequel le mot « merdias » fait également florès. Je cite : « Je pense qu’il n’est plus illusoire que nous devons prendre d’assaut le Palais fédéral… et revenir dans une démocratie qui en retrouverait certains fondements ». Oui, vous avez bien entendu et vous ne rêvez toujours pas ou alors c’est un cauchemar, un vrai, et tout éveillé en prime… De vous à moi, qui sont les falsificateurs ?

Une publication sur Facebook appelle à prendre d'assaut le Palais fédéral. Une publication sur Facebook appelle à prendre d'assaut le Palais fédéral.

Responsabilité collective : le silence des « Amis de la Constitution »

Je me suis adressé aux Amis de la Constitution, cette association qui a débarqué dans le paysage politique suisse avec le coronavirus et qui affirme se battre pour la liberté. Pour rappel, lesdits Amis de la Constitution ont lancé les référendums sur la loi Covid et soutiennent également celui sur la révision de la loi sur les médias.

Je me suis donc permis de leur envoyer un message mardi après-midi, sur leur page Facebook, puisqu’ils avaient également relayé l’appel à manifester lundi à Delémont. Mon objectif : connaître leur avis face aux injures dont des journalistes ont été la cible.

Je m’interrogeais, notamment, sur l’absence de réaction des Amis de la Constitution alors qu’ils sont prompts à publier un communiqué pour appeler au boycott de certains médias dont un article leur a déplu, comme le cas s’est présenté samedi dernier. J’ai posé donc deux questions : auriez-vous l’indignation sélective et est-ce que les libertés que vous prétendez défendre comprennent aussi celle de la presse ? J’ai ajouté que si la réponse à la seconde question était positive, j’attendais un communiqué de presse pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse commises à Delémont. J’ai suggéré, enfin, qu’un appel public au calme et au respect de leur part serait le bienvenu.

Deux relances plus tard, nous sommes jeudi, il est 8h17 et je n’ai reçu aucune réponse. Oubli, indifférence ou mépris ? J’en suis réduit à des conjectures… ou à conclure que certains silences en disent plus longs que les insultes… /fco


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