Les femmes ont également joué un rôle déterminant dans la lutte pour la création du canton du Jura. Suzanne Ioset-Christe a été une de ces militantes investies dans la lutte qui a mené à la victoire du 23 juin 1974. La Vadaise parle de son engagement dans la chronique « Notre passé nous montre le chemin » consacrée aux 50 ans du plébiscite. Suzanne Ioset-Christe est une des membres fondatrices de l’AFDJ, l’Association féminine de défense du Jura, qui a vu le jour en 1963. L’organisation militait non seulement pour la constitution d’un canton du Jura mais aussi pour les droits des femmes. L’AFDJ travaillait en étroite collaboration avec le RJ, le Rassemblement jurassien, et avec le groupe Bélier. Suzanne Ioset-Christe relève que les femmes n’étaient pas uniquement cantonnées à des tâches ingrates mais qu’elles menaient aussi des actions importantes comme des collectes de fond. Elle regrette toutefois que les femmes n’aient pas eu un rôle politique plus important, à l’époque, mais souligne que le droit de vote ne leur a été octroyé qu’en 1971 en Suisse et au niveau cantonal bernois…
Suzanne Ioset-Christe : « On voulait participer à l’élaboration de ce canton, on voulait vraiment être présentes et montrer que notre avis comptait »
Pour Suzanne Ioset-Christe, la lutte pour la création du canton du Jura est indissociable de celle pour les droits des femmes. Le Rassemblement jurassien s’était montré ouvert aux revendications des femmes même s’il n’allait pas de soi de leur donner un rôle politique plus accru dans les années 60 et 70. L’Assemblée Constituante jurassienne qui a été élue le 21 mars 1976 ne comptait pourtant qu’une seule femme sur 50 députés. Il s’agissait de la socialiste Valentine Friedli qui a ensuite siégé au Parlement jurassien puis au Conseil national. L’Assemblée Constituante a toutefois été sensible à la cause des femmes. La Constitution cantonale jurassienne ratifiée par le peuple le 20 mars 1977 a ainsi garanti l’égalité des droits entre hommes et femmes et comprenait la création d’un Bureau de la condition féminine, ce qui constituait une première en Suisse.
« Valentine Friedli, c’est une femme qui en comptait bien cent. Pour nous, c’était un exemple »
Suzanne Ioset-Christe a participé à bon nombre d’actions menées non seulement par l’AFDJ mais aussi par le Rassemblement jurassien et le groupe Bélier. Elle faisait ainsi partie des militants qui ont goudronné les rails du tram en ville de Berne en 1972. Elle était également une des délégués du RJ qui ont dû faire face à des émeutiers probernois lors d’une assemblée le 16 mars 1980 à Cortébert. Suzanne Ioset-Christe garde, par ailleurs, un souvenir marquant de la journée du 23 juin 1974 avec une de ses filles qui était alors âgée de huit ans. En tant que ressortissante de Bassecourt puis de Courfaivre, la Vadaise se rappelle aussi des « innocents de Courfaivre. Il s’agissait de quatre jeunes militants suspectés d’appartenir au FLJ, le Front de libération jurassien, et qui avaient été arrêtés et emprisonnés à tort pendant deux mois en 1964. Suzanne Ioset-Christe connaissait personnellement Gilberte Tendon, une des quatre « innocents de Courfaivre ».
Suzanne Ioset-Christe : « Gilberte Tendon était en prison dans des conditions sanitaires très douteuses »
La prochaine chronique « Notre passé nous montre le chemin » sera consacrée à Patrick Buchwalder. /fco












