La lutte pour la création du canton du Jura a également connu des résonnances à l’étranger. Dans les années 60 et 70, le Rassemblement jurassien et le groupe Bélier ont décidé d’internationaliser la Question jurassienne pour la faire connaître au-delà des frontières helvétiques. Patrick Buchwalder a participé à cette stratégie en tant que responsable du groupe Bélier en Ajoie. Le Bruntrutain en évoque un épisode dans la chronique « Notre passé nous montre le chemin » consacrée aux 50 ans du vote du 23 juin 1974. Patrick Buchwalder faisait partie de la trentaine de jeunes autonomistes qui ont occupé durant quelques heures l’ambassade de Suisse à Paris, le 13 juillet 1972. Il rappelle que les jeunes autonomistes ont ainsi été le premier mouvement politique à mener ce genre d’action. « Les groupes palestiniens, les groupes terroristes ont occupé des ambassades après nous », indique le Bruntrutain. Patrick Buchwalder livre quelques anecdotes sur cette opération dont la réaction courroucée d’un fonctionnaire d’ambassade ou encore une discussion avec un CRS qui se trouvait de l’autre côté de la rue…
« On avait quand même beaucoup d’incertitudes et d’inquiétude »
Patrick Buchwalder a participé à une autre occupation d’ambassade restée célèbre, soit celle de Suisse à Bruxelles menée le 3 août 1973, alors que de jeunes Wallons étaient brièvement entrés dans l’ambassade de Belgique à Berne le même jour avec la complicité de militants jurassiens. Le Bruntrutain a également directement vécu les émeutes de Moutier survenues dans le courant de l’année 1975. Il a été blessé par un tir de balle de caoutchouc d’un grenadier et en a gardé des séquelles à un oeil. Patrick Buchwalder estime que le conflit jurassien a alors failli basculer dans une violence qui aurait pu devenir incontrôlable. Il relève toutefois que le groupe Bélier a joué un rôle déterminant pour encadrer des individus qui « étaient prêts, peut-être, à passer à la vitesse supérieure ».
« On a eu beaucoup, beaucoup de chance qu’il n’y a pas eu de morts »
La mort a toutefois frappé un militant jurassien en 1974. Dans la nuit du 21 au 22 juin, à la veille du plébiscite du 23 juin, un jeune homme est abattu, alors qu’il venait, avec deux amis, de hisser un drapeau jurassien sur le toit d’une maison de Boncourt. Maurice Wicht ne survit pas à ses blessures et meurt le 9 juillet à l’hôpital de Porrentruy. L’auteur des coups de feu était un voisin qui affirmera avoir pris les jeunes militants pour des cambrioleurs. L’enquête conclura que la balle qui a tué Maurice Wicht avait ricoché contre un trottoir et le tireur sera condamné pour mise en danger de la vie d’autrui et non pour meurtre. Patrick Buchwalder – qui était un ami de Maurice Wicht – parle, quant à lui, d’un assassinat. Cinquante ans plus tard, c’est cet événement qui a décidé le Bruntrutain à se lancer dans le projet d’un documentaire sur l’histoire du groupe Bélier. Le film devrait sortir à l’automne prochain.
« Mort pour avoir mis un drapeau jurassien sur une maison : cinquante ans après, je n’en reviens toujours pas… »
La prochaine chronique « Notre passé nous montre le chemin » donnera la parole à Pierre-André Marchand /fco











