Après le vote, le questionnement

Les urnes n’étaient de loin pas pleines ce dimanche de votations. Moins d’un Jurassien sur ...
Après le vote, le questionnement

Moins de 25% des Jurassiens se sont exprimés dimanche sur l’initiative « Prestations complémentaires pour les familles ». Les partis politiques s’interrogent

Votation On a voté ce dimanche, mais de loin pas massivement (image d'illustration).

Les urnes n’étaient de loin pas pleines ce dimanche de votations. Moins d’un Jurassien sur quatre s’est exprimé sur l’initiative cantonale pour des prestations complémentaires aux familles (24,6%). Au lendemain du scrutin, l’heure est au questionnement dans les partis politiques jurassiens.

 

« Tristesse», « surprise », « déception » : ce sont les principaux mots prononcés par les chefs des groupes parlementaires. Une classe politique jurassienne unanime pour dire que ce taux de participation de moins de 25% est difficilement explicable pour un sujet a priori sensible, qui concernait directement une partie de la population du canton. Pour le PS Loïc Dobler et la PDC Anne Roy, les objets fédéraux n’étaient pas passionnants ni porteurs : sans doute un frein à la mobilisation. « On parle aussi beaucoup de la patinoire à Porrentruy. La passion a probablement moins atteint l’initiative cantonale. Il y a eu des débats dans les médias, mais pas dans la population », dit Loïc Dobler. Du côté du PCSI, qui a porté le texte, Géraldine Beuchat évoque une participation « lamentable ». « Les politiques doivent bien sûr se poser des questions, mais les gens aussi ». Géraldine Beuchat se verrait bien remettre sur la table le débat du vote obligatoire. Rappelons qu’une motion du PCSI en ce sens a été balayée par le Parlement en novembre dernier.

 

Pour Anne Roy, du PDC,  « il y a eu une forte campagne, mais pas de mobilisation ». Elle s’interroge : « Comment conserver le dialogue avec la population ? » Le PLR Alain Lachat et le député UDC Damien Lachat ont pour leur part déclaré tous les deux que « politiquement, on ne voit pas ce qu’on pourrait faire de plus ». « Le désintérêt est de plus en plus fort », note Alain Lachat. « Le sujet n’a pas forcément intéressé les Jurassiens », dit Damien Lachat. « Tant l’initiative que le contre-projet proposaient une aide aux familles aux revenus les plus modestes. Les gens ont dû se dire qu’il n’y avait donc pas besoin de voter ». Enfin, pour le groupe Verts & CS-POP, Erica Hennequin estime qu’une réflexion doit être menée pour comprendre pourquoi la population ne s’est pas sentie concernée. « C’est décevant pour la démocratie », dit-elle. Erica Hennequin déplore aussi un « manque de solidarité ». /rch

 

Le commentaire de Raphaël Chalverat

Comment ne pas se poser de questions ? L’initiative et le contre-projet concernaient des familles jurassiennes. Selon les chiffres, la précarité touche 4% de la population du canton, soit 2'870 personnes. Nous étions ici dans un débat de société et de solidarité, certes sensible, mais assez simple à saisir, pas dans un sombre projet difficilement compréhensible. Les médias ont organisé des débats, les partis ont largement diffusé leurs avis. Et la mayonnaise n’a pas pris, bien que le vote soit secret et qu’il puisse être fait par correspondance. La campagne enflammée autour de la patinoire à Porrentruy a-t-elle éclipsé l’initiative pour les familles ? Pas sûr, surtout que ce dimanche, ce sont les Ajoulots qui se sont rendus le plus massivement aux urnes dans le Jura. Le faible intérêt pour les objets fédéraux ? Sans doute un effet négatif sur la participation, mais sans doute aussi un effet marginal. Non, c’est bien l’objet en soi qui n’a pas porté. Curieusement. Il ne concernait pas directement la grande majorité de la population. Suffisant, probablement, pour que la foule ne presse pas au portillon pour exprimer son avis. Peut-être un effet de l’individualisation de la société. Avec moins de 25% de participation, le politique n’a pas été récompensé pour son fort investissement à créer l’initiative et le contre-projet. De quoi porter un coup à l’engagement pour la chose publique. L’heure est à l’interrogation dans tous les partis. Une large réflexion collective va ou doit s’ouvrir. 


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