Les perspectives conjoncturelles présentées ce jeudi par la Chambre de commerce et d’industrie du Jura (CCIJ) virent au rouge, à la suite notamment de la hausse des droits de douane imposée par les Etats-Unis.
L’ambiance est clairement morose pour l’économie jurassienne. C’est ce qui ressort de l’enquête conjoncturelle de la Chambre de commerce et d’industrie du Jura (CCIJ). Les résultats de l’étude menée par la CCIJ ont été présentés ce jeudi à Cinémont, à Delémont. Trois phénomènes pèsent sur l’économie jurassienne : la conjoncture qui reste déprimée en Chine, le franc fort et surtout la hausse massive des droits de douane imposée par les Etats-Unis aux produits suisses. La CCIJ évoque « une crise profonde » pour le tissu industriel jurassien qui commence à affecter l’ensemble de l’économie régionale par effet domino. Près de la moitié, soit 45%, des entreprises jurassiennes qualifient leurs affaires actuelles de mauvaises ou médiocres. Elles n’étaient qu’un quart à faire ce constat l’an dernier et à peine 13% en 2023. Seulement un quart des entreprises continuent à réaliser de bonnes ou d’excellentes affaires.
Pas d’amélioration à l’horizon et des impacts sur l’emploi
« Une embellie à court ou moyen terme n’a, par ailleurs, que peu de chances de survenir », souligne la CCIJ. Pas moins de 59% des entreprises – et même 76% dans l’industrie – n’anticipent pas de reprise avant le milieu de l’année prochaine, au plus tôt. Leurs prévisions s’appuient sur des carnets de commandes peu fournis et le manque de visibilité qui se situe à un niveau rarement atteint. Quant aux marges, elles sont mauvaises ou médiocres pour près d’un tiers des entreprises.
La CCIJ note que « le recours massif à la réduction de l’horaire de travail (RHT) a permis d’éviter une forte augmentation du chômage ». Il n’en reste pas moins que 30% des entreprises ont dû réduire leurs effectifs en 2025 et une entreprise sur cinq – un chiffre également en augmentation – pense en faire de même l’an prochain. A noter encore que seulement 52% des sociétés actives dans l’industrie prévoient d’investir, alors que la proportion se situait à 70% l’an dernier. Quant aux salaires, les entreprises prévoient une hausse moyenne de 0,7%, malgré une inflation quasi nulle.
Entre devoir de vérité et espoir
Le directeur de la CCIJ, Pierre-Alain Berret, se défend de peindre le diable sur la muraille. Il relève que son institution a « un devoir de vérité » et que les contacts pris par la CCIJ avec ses membres « reflètent vraiment une situation difficile pour un grand nombre d’entre eux » mais il souligne qu’il reste aussi certaines entreprises jurassiennes « qui vont bien ». Pour Pierre-Alain Berret, le scénario catastrophe serait de voir que les droits de douane américains à 39% « se maintiennent pendant quatre ans, soit pendant le mandat de Donald Trump ». Il espère ainsi qu’un accord pourra être trouvé avec le président américain, pourquoi pas lors du prochain Forum économique mondial de Davos. Il souligne aussi que les entreprises jurassiennes « ne restent pas les bras croisés » en attendant et tentent, par exemple, de trouver de nouveaux débouchés ou de se diversifier. « Il faut dire aussi qu’on ne peut pas remplacer comme ça le marché américain qui est un mastodonte », précise toutefois Pierre-Alain Berret.
Pierre-Alain Berret : « Les effets des droits de douane américains sont calamiteux sur les industries jurassiennes. »
Instabilité géopolitique et allègement réglementaire
L’enquête de la CCIJ, qui a été réalisée en partenariat avec les Chambres de commerce de Suisse latine, s’intéresse aussi aux conséquences de l’instabilité géopolitique mondiale actuelle. Ainsi, 77% des entreprises jurassiennes se disent touchées de près ou de loin, ce qui se traduit à 84% par des baisses de commandes ou de ventes. Un quart des sociétés ont été contraintes de restructurer et une sur cinq a diversifié ses produits. Peu d’entre elles, soit 16%, ont augmenté leurs prix mais elles sont plus d’un tiers à avoir sacrifié leurs marges. Pour la CCIJ, le contexte actuel rend « encore plus urgent l’allègement réglementaire et bureaucratique ». Son enquête relève ainsi que 60% des entreprises considèrent leurs charges comme plutôt élevées ou élevées et que les normes liées à l’environnement sont celles qui ont le plus augmenté en dix ans.
L’enquête de la CCIJ a été réalisée entre le 8 et le 30 septembre 2025. Les 110 réponses reçues représentent près de 20% des entreprises sollicitées et près de 34% des emplois. /comm-fco









