Ancien membre du directoire de l’usine boncourtoise, Jean-Marie Mure décrypte l'engrenage de la possible fermeture du site ajoulot de British American Tobacco et doute qu’un sauvetage soit encore possible
Le site de BAT à Boncourt a-t-il encore une chance d’être sauvé ? Un ancien membre de la direction de l’entreprise en doute fortement au lendemain de l’annonce d’un projet de délocalisation de la production jurassienne ailleurs en Europe. Responsable des affaires juridiques et de la communication il y a une dizaine d’années sur le site de Boncourt, Jean-Marie Mure a déjà vu ce type de « phase de consultation » auprès des employés avant une éventuelle fermeture d’usine, Jean-Marie Mure l’a déjà vécu. Il a vu successivement les sites de Bayreuth en Allemagne et de Lecce en Italie mettre la clef sous le paillasson. « Là aussi une consultation avait été lancée. Mais dès le moment où la décision de délocaliser a été prise, les dés sont jetés. Les coûts de production sont un frein, d’autant plus avec les prix de l’énergie qui deviennent dissuasifs, on va donc vers un coût de production moins élevé pour générer des profits suffisants », analyse Jean-Marie Mure qui avoue personnellement « ne pas croire » à un maintien de la production à Boncourt. L’influence du Gouvernement jurassien ou de la commune de Boncourt sur la décision finale lui apparaît marginale. « La décision est prise par Londres et tant que la commune que le district ou le canton ne pourront que subir », déplore-t-il.
Entretien avec Jean-Marie Mure, ancien membre de la direction de BAT Boncourt
Toujours habitant de Boncourt, Jean-Marie Mure se dit surtout déçu de voir que les promesses entendues il y a une dizaine d’années n’ont pas été tenues. « On nous a toujours dit que tant que les Émirats exigeaient un « Made in Switzerland » sur leurs paquets et que les droits de douane à l’import de cigarettes en Suisse étaient aussi prohibitifs, l’avenir de la production à Boncourt serait assuré et radieux. Mais on voit maintenant que le sacro-saint coût de production prime sur toutes les promesses et ça fait des dégâts », regrette Jean-Marie Mure.
« Cette usine et la vie boncourtoise, c’est une fusion »
La production boncourtoise pourrait, selon lui, être délocalisée à Ploiesti en Roumanie ou Augustow en Pologne, où la main-d’œuvre y est nettement moins coûteuse. L’usine ajoulote était d’ailleurs celle qui « coûtait le plus cher » au groupe British American Tobacco. Comme bon nombre de Boncourtois, Jean-Marie Mure se sent aussi lié par l’histoire de cette usine fondée en 1814 par la famille Burrus, la plus ancienne en activité du groupe BAT. « Cette usine et la vie boncourtoise depuis deux siècles, c’est une liaison, c’est une fusion. Mais on est passé d’un système patriarcal à un système capitaliste dans ce qu’il a de plus extrême ». /jpi









