Boncourt s’est réveillé encore groggy ce vendredi matin. L’annonce de BAT Switzerland, la veille, d’un projet de délocalisation de la production boncourtoise ailleurs en Europe a été un séisme. Pour encaisser le choc, les salariés de l’usine historique du village de Boncourt ont été renvoyés chez eux jeudi après-midi. À l’heure de reprendre du service ce vendredi matin, la plupart préfèrent rester silencieux. « J’étais sous le choc. On attend de voir comment va se dérouler l’avenir. Ça va être long, très long », souffle ce collaborateur présent dans l’entreprise depuis une quinzaine d’années. Sur le parking de l’usine, un couple arrive main dans la main, tous deux salariés de BAT. « Ce matin c’est trop dur de parler », lâche simplement l’employée avant de franchir le portique de sécurité. Suit cet autre ouvrier embauché ici depuis 14 ans. « J’ai 57 ans, je ne sais pas trop comment ça va se passer », souffle l’homme en tenue de travail.
Reportage
Au café au centre du village, c’est aussi la consternation. « Un coup d’assommoir » pour Pierrot, la soixantaine, qui a grandi avec cette usine au milieu du village, comme un repère inamovible. Agnès aussi est abasourdie. Cette usine représente toute une partie de sa vie. « Ça m’a fait mal car mon mari y a travaillé longtemps. Ça concerne tout le village. La plupart des gens qui travaillaient ici, on venait de l’extérieur. On s’est tous rassemblé à Boncourt grâce à ça », confie la retraitée. À la table du café, les anciens de « chez Burrus », du nom de la famille qui a fondé l'usine, se retrouvent. Jean-Louis, qui y a travaillé durant 40 ans, cherche une explication. « On pensait quand même que c’était une boîte qui voulait tenir le coup. La maison Burrus a lâché l’entreprise et maintenant c’est une boîte mondiale, ce n’est plus familial comme dans le temps. Il faut espérer qu’ils trouvent une solution parce que c’est catastrophique au niveau cantonal et communal », regrette cet homme qui a l’entreprise chevillée au corps.
« Tu travailles chez Burrus ? Ton pain est cuit »
Recettes fiscales, péréquation financière, les Boncourtois savent que leur commune va en souffrir, tout comme le canton. « Il faudra peut-être fermer d’autres activités », s’inquiète encore Agnès. Joseph craint aussi la disparition d’une usine historique dans laquelle il a travaillé 35 ans. « C’est une institution. Travailler chez Burrus, c’était le top. À l’époque on disait : tu travailles chez Burrus, ton pain est cuit. Voilà, ça voulait tout dire », confie ce retraité. Certains espèrent encore un sauvetage, mais la plupart n’y croient déjà plus. Les salariés de l’usine tiendront une assemblée du personnel dès la semaine prochaine afin d’organiser leur défense. /jpi









